Correspondance d'un LVF et Waffen SS français

 

 

A la Libération, le Gouvernement Provisoire du Général de Gaulle a pris la décision de permettre aux femmes ayant épousé des « mauvais français » d'obtenir le divorce sur présentation des preuves de la trahison de leur mari.

 

Un militaire des Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.) en poste au Camp du Vernet d'Ariège, devenu Camp de Prisonniers pour des officiers allemands, demanda à constituer un dossier pour permettre le divorce de sa sœur mariée à un Français devenu Wafen SS dans l'Armée Allemande.

 

Ce SS était un toulousain marié à une ariégeoise. La personne qui avait travaillé à recueillir les preuves, conserva le document principal, la correspondance privée entre le SS Daniel V. et sa femme. On n'a conservé ici que les aspects « politiques » des lettres de Daniel V. L'ordre chronologique n'est pas gardé mais seulement un ordre thématique.

 

Daniel V. était devenu membre de la « Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme » (LVF) et de la « Waffen SS ». Rappelons que la LVF fut formée, en 1941, pour lutter aux côtés de la Wehrmacht, sur le front russe. Un certain nombre de ses membres passa à la Waffen SS. A la fin de la guerre ces SS français formèrent une unité (équivalente à une brigade) qui prit le nom de « 3e » Waffen Grenadier Division der SS « Charlemagne » « Française n° 1 ». En avril 1945, trois cents rescapés de cette formation furent parmi les derniers défenseurs du bunker de Adolf Hitler à Berlin.

 

Pourquoi Daniel V. est-il entré dans la Waffen SS ? « Lorsque tu m'écris, tu n'as pas besoin d'affranchir les lettres ; Tu as droit à mettre en haut et à droite de l'enveloppe « FELDPOST », et surtout recopie l'adresse telle que je la mets. 44 veut dire SS. L'adresse est la suivante : S.S. Freiw. V. Daniel Réserve Lazaret, Abt 1 Z 3 Mulhausen (Elsass) (Deutschland)». (Lettre de MULHOUSE du 13 octobre 1943). Cette lettre, comme toutes les autres, se termine par « Heil Hitler ! ».

 

Daniel V. a été travailleur volontaire en Allemagne pendant vingt mois et s'est ensuite engagé volontairement dans la Waffen SS.

 

Il insiste sur son volontariat et sur sa camaraderie de coeur et d'esprit avec les Allemands. II se présente comme défenseur de l'Europe Nouvelle face aux hordes barbares des Soviétiques et des Anglo-Américains : « Il me semble que ces messieurs de la censure devraient tenir compte que je suis soldat du Grand Reich et non ouvrier civil comme je l'ai été pendant 20 mois. Si je me suis engagé à la Waffen SS, premièrement, c'est volontairement, et deuxièmement, c'est parce que je suis de cœur et d'esprit avec mes camarades allemands qui luttent pour l'Europe Nouvelle contre les hordes barbaresques, soviétiques et anglo-américaines » (Lettre de TUBINGEN du 22 décembre 1943).

 

Les avantages alimentaires sont très importants et l'Allemagne NS semble un pays de cocagne. Noter que le texte est de juin 1942. « Nous avons 500 g de pain, 75 g de beurre et 125 g de charcuterie par jour, de la viande 100 g, 5 ou 4 fois par semaine, plus 2 paquets de cigarettes ou de tabac par semaine également » (Lettre de WATENSTEDT du 7 juin 1942).

 

Que pense Daniel V. des Allemands ? Le texte suivant qui date de mai 1942 est très intéressant pour découvrir quelle a été l'image de l'homme nouveau créé par l'Allemagne nationale-socialiste : Homme neuf à la mentalité merveilleuse.

 

Il ajoute : « Ils ne traitent pas l'individu comme une machine mais comme un Homme ». Plus loin : « Voilà ce qui s'appelle du progrès social » ; « Ici tout se fait pour le social ».

 

Suit un développement sur la nécessité d'une France socialiste « telle que l'Allemagne nationale-socialiste ». Vient, ensuite, l'éloge du gouvernement à poigne. Allusion aux Toulousains mécontents : On est en mai 1942, un mois après le retour de Laval : Espoir de voir la France se modeler sur le National-Socialisme.

 

Puis on lira un passage sur les Toulousains pourris de bien-être, gavés comme des cochons par la Ille République et la Gauche (Front Populaire).

 

Suit la tirade contre Staline et les juifs, les Francs-maçons et, notamment, contre Churchill et Roosevelt.

 

« Je regarde l'avenir avec confiance, car au contact d'hommes neufs comme les Allemands on devient un autre soi-même. Ils ont une mentalité qui réellement est merveilleuse. Ils ne traitent pas l'individu comme une machine mais comme un Homme et chaque Homme est responsable de son travail. S'il fait une bêtise, il est puni et sévèrement même, mais quand il a payé sa dette on ne le met pas au rebut comme on fait en France ; Il reprend sa place dans la société comme par le passé. Voilà ce qui s'appelle du progrès social.

 

Ici, en Allemagne tout se fait pour le social. Nous avons un bel exemple à prendre, nous Français, et j'espère que notre gouvernement travaille pour faire une France socialiste, telle que l'Allemagne nationale-socialiste. Je voudrais voir les Toulousains un peu ici : Ils tomberaient de bien haut, s'ils voyaient de leurs propres yeux ce qu'est le gouvernement allemand, et l'Allemand lui-même.

 

C'est un gouvernement à poigne qui est secondé par des hommes disciplinés, voilà la vraie force. Tu me dis que les Toulousains ne sont pas contents, je m'en doute. La défunte vieille IIIème République avait assez pourri de bien-être ces messieurs qui étaient Socialistes, Anarchistes et Communistes. Ils se gavaient comme des cochons à l'engrais et maintenant ils se plaignent. Qu'ils demandent ce qui leur manque au sanguinaire Staline, aux Juifs, aux Francs-maçons, au Chevalier Kadoc et Prince Sublime du Royal Secret Churchill et Roosevelt. Ils leur donneront tout par l'intermédiaire de la mort, leur fidèle ambassadrice ». (Lettre de WATENSTEDT du 31 mai 1942).

 

Daniel V. souhaite la victoire de l'Allemagne Le 22 février 1943, vingt jours après la capitulation de Stalingrad, il écrit un texte très intéressant. Nous y voyons sa détermination. Il semble s'être engagé dans les SS vers janvier - février 1943. Il se dit prêt à mourir pour la victoire de l'Allemagne. Il clame sa fierté de porter l'uniforme allemand, « tenue couverte de gloire ». Par contre, il a honte de l'uniforme français, porté par des « poltrons, des fanfarons, des pleutres, des marionnettes ». Cette violence verbale montre sans doute le désarroi et l'impact du désastre de Stalingrad.

 

Avant son entrée dans la SS, il était gardien de travailleurs volontaires français. Il les traitait de fainéants, de vauriens, venus pour se promener. Il se savait menacé : « Ils ont juré d'avoir ma peau en France ». Cela montre le climat tendu entre main d’œuvre « volontaire » et gardiens.

 

Imitant Pétain, il fait don de sa vie pour la victoire de l'Allemagne : « ...d'ailleurs je fais un travail qui a fait mettre ma peau à prix. Je traque les fainéants et les vauriens qui sont venus ici pour se promener. Ils ont juré d'avoir ma peau en France et s'ils réussissent, aucune importance car j'ai fait don de ma carcasse pour la victoire de l'Allemagne, et si je dois me faire trouer la peau, je voudrais d'abord voir la victoire du troisième Reich, et voir la Russie et la perfide Albion à feu et à sang ». (Lettre de HEERTE, du 22 février 1943).

 

« Je n'ai jamais eu honte de mon uniforme du temps où j'étais dans l'Artillerie Coloniale, et celui que je vais porter maintenant, j'en suis fier car il n'est pas porté par des poltrons, des fanfarons ou des pleutres ; Il n'y a que des hommes sans peur, ni reproches. C'est une tenue qui est couverte de gloire, ce n'est pas une tenue de marionnette. Aussi je tiens à te prévenir que je viendrai en permission en uniforme de Waffen ». (Lettre de HEERTE, du 22 février 1943).

 

Opinion de Daniel V. sur les Anglais (11 mars 1942) Cette lettre est intéressante pour évaluer l'opinion sous Vichy: L'anglophobie bien connue de la droite Vichyssoise se trouve renforcée par les bombardements britanniques sur Paris et sa banlieue. La contradiction entre le discours de Londres soutenant la France hostile à Vichy et les actions militaires contre les occupants allemands et la « France allemande », est adroitement utilisée. Bien entendu, l'anglophobie est mêlée à l'antisémitisme.

 

« Par des camarades allemands et les journaux français que nous recevons, j'ai appris ce que les Anglais on fait à Paris. C'est du propre ! Après avoir affamé la population civile par le blocus, maintenant ils bombardent, font des victimes et ils disent à la radio être nos amis et nous défendre. Ils ont une façon qui n'est pas ordinaire de nous montrer leur amitié. Ils nous ont mis dans la danse et maintenant qu'ils voient que l'on ne peut pas se faire tuer pour eux, ils viennent eux-mêmes nous tuer. C'est ce qui s'appelle en Anglais la « fraternité des hommes ».

 

Elle est belle ! Ils sont égoïstes comme des juifs et ils le sont tous sans exception. Mais j'espère qu'un jour prochain il faudra qu'ils rendent des comptes sur les actes meurtriers qu'ils font vis-à-vis de nous, et qu'ils seront châtiés comme des criminels qu'ils sont, c’est-à-dire par la mort ». (Lettre de WATENSTETD, Lager K Stube 14, du 11 mars 1942).

 

Opinion sur la parole d'un officier français Cette lettre sur la parole d'un officier français (27 février 1944) reprend les thèmes précédents : « L'officier me certifie qu'il t'a envoyé de l'argent et il me donne des dates, et me montre le montant des sommes expédiées que je pourrai contrôler quand bon me semblera. Ce serait un officier français, j'aurais des doutes mais jamais je ne mettrai en cause la parole d'un officier allemand, surtout pour une chose aussi importante ». (Lettre de TUBINGEN, du 27 février 1944).

 

Opinion sur les Français qui travaillent en Allemagne (7 juin 1942) Sur les travailleurs volontaires en Allemagne, il nous donne un excellent texte sur ces « volontaires » dont beaucoup étaient des repris de justice, des marginaux en voie de « régénérescence ». Ce fut un échec de Vichy qui va entraîner la création du Service de Travail Obligatoire (S.T.O.) en février 1943 : « Il y en a qui se plaignent. Je t'assure que si cela m'était permis je les saignerais à ceux-là. Celui qui se plaint ici qu'il travaille trop, c'est alors un fameux fainéant, et celui qui se plaint que la nourriture n'est pas suffisante mérite d'être fouetté jusqu'au sang. Je suis sûr qu'il y en a qui voudraient être à leurs places. Il est exact que je regarde toujours ceux qui se plaignent, et je vois qu'avant de venir ici, ils étaient clochards ou alors piliers de prison. 75 % des Français (je cause seulement d'eux), c'étaient des barbeaux, souteneurs, faussaires, voleurs, repris de justice ou autre... Voilà comment et par qui la nation française est représentée. Heureusement les Allemands voient bien, et ils le disent eux-mêmes : Ils savent que les Français ne sont pas tous pareils, et ils savent distinguer les bons des mauvais » (Lettre de WATENSTEDT du 7 juin 1942).

 

Quelques réflexions sur les réfractaires A l'automne 1943, l'échec du S.T.O. est manifeste. La plupart des requis deviennent des réfractaires. Certains prennent le « maquis ».

 

Il écrit : « Je suis soldat Waffen SS. J'ai trop appris de saletés sur le compte des dirigeants en France et si je peux revenir, moi et mes camarades SS, nous nous chargerons d'arranger la petite binette de ces salopards, les réfractaires et autres types de cette espèce pourrie.

 

Ce sont là, tous ces fainéants, tous ces réfractaires, jeunes ou vieux qui ne veulent pas comprendre que nous sommes vaincus, que des traîtres, des vendus, des Judas ont volontairement jeté bas notre belle France et ceux qui actuellement font tout pour que nos relations avec nos vainqueurs s'enveniment. Ce sont ceux là qui avant la guerre fréquentaient les cellules et les loges, qui semaient haines et discordes partout, et maintenant ils continuent. Ce sont eux, ces suppôts de Satan qui m'ont pris tout ». (Lettre de TUBINGEN du 13 novembre 1943).

 

Contre les toulousains Le 1er mars 1943 il regrette l'opposition des Toulousains à Vichy. C’est une tentative de justification de la collaboration qu’il défend face à une opinion très hostile. Il montre clairement que Pétain est lui même l'inventeur, le père de la Collaboration.

 

« Les Toulousains doivent l'avoir amère de voir les Allemands ; Ils auraient mieux aimé voir les soudards de Churchill, de Roosevelt ou du père génial des peuples, Staline. Mais erreur, ce sont les vaillants et preux soldats de M. Hitler qui sont là et je suis sûr qu'il y a des grincements de dents et qu'ils doivent vouer les troupes et le peuple allemands à tous les diables. Mais s'ils le font, c'est en cachette.

 

Je suis bien content que les Toulousains soient un peu mâtés. D'après ce que je sais par des camarades qui reviennent de permission, il y a beaucoup de gens qui souhaitent la victoire des Alliés... Ils sont fous ! Et bons pour la camisole de force. Ils veulent absolument être esclaves et se figurent que l'Axe est à bout, que l'Allemagne est épuisée et faible. Or il y a 15 mois que je suis en Allemagne et je vois qu'au lieu de faiblir elle est de plus en plus forte. Le peuple entier est sûr de la victoire et a confiance en son chef Adolf Hitler. Oui ! En France il y aura des désillusions pour certains et ils n'auront que ce qu'ils méritent.

 

Pour moi, personnellement, je sais que l'Allemagne sortira vainqueur du grand conflit qu'elle a engagé et je regrette profondément que tous les Français et Françaises ne fassent pas leur devoir. Il y en a qui croient que ceux qui travaillent ou servent l'Allemagne sont des traîtres ou des vendus, et eux se prétendent de purs Français. Seulement ils oublient qu'un grand homme, un vieillard couvert de gloire, leur a dit : "Ayez confiance en moi, groupez-vous derrière moi pour le relèvement de la France". Le Maréchal Pétain et le Président Laval, un homme juste. Il faut collaborer à fond, il faudrait même faire une alliance avec le peuple allemand. Nous Français, nous avons un passé héroïque et pour avoir droit à la place qui nous revient dans la nouvelle Europe, il nous faut tous sans distinction de classe ou de rang, faire notre devoir.

 

Il nous faut aider le peuple allemand, et par tous nos moyens écraser cette Russie bolcheviste qui ne songe qu'à semer la haine, la misère et la mort partout, et cette perfide Albion qui s'est toujours servie du sang français pour remplir les coffres forts de la City.

 

Moi-même je haïssais les Allemands parce que je ne les connaissais pas. Maintenant que je les connais, je dis que ce sont des hommes dignes de notre amitié et auxquels nous pouvons avoir confiance. Après fa victoire, ils nous donneront ce qu'ils nous ont promis... Il faut que je parte en chasse contre les salopards et les fainéants qui sont ici légions. Je t'assure que c'est une honte pour nous Français de voir de tels spécimens ». (Lettre de HEERTE du 1er mars 1943).

 

Plus nazi que les nazis Nous conclurons ces extraits par sa lettre fondamentale de Français endoctriné devenu SS. Plus aryen, plus nazi que les nazis. Haine des humains et des femmes. Haine des Français, « peuple déchu et vaincu » : « Tu sais que je ne suis pas mauvais, ni rancunier, mais je ne puis te dire qu'une chose : Je hais mes semblables, surtout les femmes, et en particulier les Français et Françaises qui sont fourbes, hypocrites et égoïstes. De l'Allemagne j'ai fait ma deuxième patrie... Je travaille dur pour la victoire du Reich Allemand et je souhaite que tous les Français en fassent autant. Pour mon compte personnel, je me charge là où je suis de faire travailler de force, s'ils ne veulent pas le faire de bonne volonté, cette canaille de Français». (Lettre de HEERTE du 29 janvier 1943).

 

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